Loi des semblables

 

Loi des semblables

Les adversaires de la doctrine de Hahnemann ne voient dans le médicament homoeopathique que sa dose; pour eux toute substance prescrite en quantité infinitésimale mérite cette épithète; c'est une grave erreur.

Un médicament est homoeopathique à un état morbide, lorsqu'il répond à la loi des semblables; l'homœopathicité est donc une question de principe et non une question de quantité.

Or, cette loi des semblables, résumée par son auteur dans cette simple formule : Similia similibus curantur, ne signifie pas autre chose que ceci, à savoir : qu'un médicament capable de faire cesser une maladie aura le pouvoir, quand on le donnera à un sujet en santé, de faire naître chez lui des symptômes semblables à ceux par lesquels cet état morbide se caractérise. D'où ce précepte posé par Hahnemann : de ne jamais administrer à un malade des substances dont les effets sur l'homme sain ne seraient pas connus (9).

Cette loi des semblables, si souvent critiquée par ceux qui n'ont pas su la comprendre, repose tout entière comme point de départ sur un fait expérimental : l'action du quinquina chez l'homme sain et chez l'homme malade.

Tout le monde sait comment Hahnemann traduisant la matière médicale de Cullen de l'anglais en allemand (10), et étant arrivé à l'article Quinquina, fut frappé du peu de valeur des explications qui étaient données de l'action fébrifuge de cette substance, et comment, pour arriver à les mieux juger, il voulut l'expérimenter sur lui-même, la prenant, non pas à dose infinitésimale, mais à dose pondérable, très élevée même. Le résultat de cet essai fut qu'il se donna un violent accès de fièvre avec ses trois périodes de froid, de chaleur et de sueur.

L'expérience ayant été répétée conduisit au même résultat, de sorte que le fondateur de l'homœopathie fut amené à se demander s'il s'agissait d'un fait exceptionnel, ou s'il y avait là une loi générale qui pût devenir pour la thérapeutique une base assurée.

II étudia donc d'autres substances : la Belladone, à laquelle il vit produire une éruption semblable à celle de la scarlatine, et dont la puissance curative dans cette maladie est reconnue de tous les médecins; la Pulsatille, qui produisait des taches semblables à celles de la rougeole avec tous les autres symptômes essentiels de cette fièvre éruptive dont elle est le spécifique; le soufre, que tout le monde préconise comme le médicament héroïque dans le traitement de la gale et qui produit une éruption semblable à celle que cause la présence de l'Acarus.

A mesure que les expérimentations se multipliaient, les faits confirmatifs se multipliant aussi, Hahnemann se trouva autorisé à voir entre l'action physiologique d'un médicament et sa puissance curative, un rapport de similitude nettement accusé.

Il voulut alors interroger le passé de la science, afin de savoir jusqu'à quel point ce fait avait été entrevu par les médecins illustres qui ont concouru à la constituer, et il trouva dans la tradition une multitude d'observations confirmant sa découverte, observations qu'il réunit sous ce titre : Guérisons homoeopathiques dues au hasard.

 

Explication de la loi des semblables

La loi des semblables ainsi reconnue et formulée, il fallait en trouver la raison, savoir surtout pourquoi la médecine avait si longtemps vécu sur un principe opposé, celui des contraires, dont Galien était l'auteur, et qui jouissait d'une popularité incontestée. Hahnemann essaya de répondre sur ces deux points.

La raison, ou pour mieux dire l'explication de la loi de similitude, se trouvait encore dans un fait vulgaire, à savoir : que les substances capables d'agir sur l'organisme vivant y déterminent deux actions opposées : l'action et la réaction. Les exemples en sont nombreux, le café excite et réveille tout d'abord, mais le jour où l'on cesse son emploi, on est plus endormi que jamais. Par contre, les malheureux qui en sont réduits à demander à l'opium le moyen d'engourdir leurs souffrances, ressentent leurs douleurs plus vivement encore lorsqu'il leur arrive de suspendre l'emploi de leur narcotique, ou même lorsque, le continuant, ils négligent d'en augmenter la dose.

Il résulte de ce fait qu'en administrant une substance dont l'action primitive sera semblable par ses symptômes à la maladie, la réaction sera opposée à cette dernière et la guérison devra s'ensuivre; tandis que, si l'action du médicament est contraire à la maladie, la réaction lui sera semblable, et l'état du patient deviendra plus grave. Or, la réaction étant le dernier terme de l'effet médicamenteux, c'est elle qu'il convient d'avoir toujours en vue, si l'on veut arriver à un résultat durable.

 

 

Valeur de la loi des semblables

Ce fait compris, la loi hahnemannienne et le principe de Galien trouvent chacun son application. La première nous rend compte des actions curatives, le second des actions seulement palliatives; la première nous dit pourquoi le quinquina guérit la fièvre intermittente, et la guérit sans retour; le second pourquoi l'emploi des purgatifs, en triomphant pour un moment d'une constipation habituelle, la rend d'autant plus tenace qu'on y a plus souvent recouru. De là, la prééminence de l'homœopathie sur l'allopathie, la première nous apprenant à guérir, la seconde mettant en nos mains les moyens de soulager un moment.

Il est juste de le dire cependant, ce n'est pas en ce sens seulement que le principe de Galien a été le plus ordinairement compris; mais sa seconde interprétation n'est pas plus utile pour le malade que la première. En général, on exprime par la loi des contraires le rapport qui existe entre la nature d'un médicament et la nature d'une maladie, problème dont la solution est impossible par cette raison que l'essence des choses nous échappe, que leurs caractères seuls peuvent être reconnus et constatés.

Aussi qu'est-il arrivé ? C'est que la médecine s'est trouvée enfermée par Galien dans un cercle sans issue, déclarant qu'un médicament était antiphlogistique, parce qu'il avait guéri d'une inflammation, et jugeant le caractère inflammatoire d'un état morbide par les agents qui en avaient triomphé.

Pour sortir de cette impasse, il aurait fallu savoir par quelle méthode il est possible de reconnaître la substance dont la nature serait opposée à celle d'une maladie donnée. Faute d'avoir satisfait à cette condition, la médecine a erré de système en système sans perfectionner la thérapeutique, changeant seulement l'épithète de ses médicaments en raison des théories dominantes, et aboutissant en dernière analyse, et par lassitude, à l'empirisme et à l'expectation.

Hahnemann a été plus précis, surtout plus pratique. Sans nier que les maladies eussent chacune leur nature spéciale et le médicament une essence propre, il a soutenu que ce n'était pas à pénétrer l'une et l'autre que devaient s'épuiser les forces du médecin. Il a dès lors comparé deux autres termes : les symptômes particuliers à la maladie et les effets, c'est-à-dire les symptômes artificiels que pouvait faire naître le médicament donné à un homme sain, et il a ainsi ramené la thérapeutique à une question de fait facile à résoudre par l'observation et l'expérience réunies; l'observation nous révélant les caractères des états morbides, l'expérience nous faisant connaître les propriétés des médicaments.

 

Application de la loi des semblables

Ces notions une fois acquises, il suffit en effet de comparer l'un à l'autre les deux tableaux qui ont été tracés, et de choisir la substance dont les symptômes artificiels se rapprochent le plus de ceux de la maladie elle-même, ce médicament étant l'agent curatif auquel il faut recourir.

Cette méthode si précise fait toute notre force, ce qui a permis de dire à M. Imbert Goubeyre, professeur à l'École de médecine de Clermont-Ferrand : "L'homœopathe, dans l'application de ses remèdes, est guidé par une loi reposant sur la double expérience de l'homme sain et de l'homme malade, et réciproquement, tandis que l'allopathe se contente d'expérimenter sur l'homme malade sans aucune règle. Celui-ci donne le Quinquina et la Belladone, parce qu'on l'a fait avant lui dans tels et tels cas. Mais il lui serait impossible de savoir à priori s'il peut administrer ces remèdes en pareille occasion. Par le fait de l'empirisme, il est inévitablement conduit à la routine... Et c'est ce qui fait, ajouta le professeur, que cette terre de l'allopathie est frappée, comme le fut autrefois l'Egypte, de plaies nombreuses, parmi lesquelles j'en distingue quatre principales : le scepticisme, l'empirisme, la fantaisie et la polypharmacie (12).

La méthode homoeopathique a paru en outre tellement simple à quelques-uns de nos critiques que l'un d'eux a pu croire que l'homœopathie était une médecine facile n'exigeant aucune étude spéciale; une médecine à la portée de quiconque sait lire et écrire (13); en un mot, la médecine domestique par excellence.

 

Individualisation de la maladie par l'ensemble des symptômes

Malheureusement cette assertion repose sur une erreur; il n'est pas exact de soutenir que le médecin homœopathe doit se préoccuper seulement des symptômes extérieurs reconnaissables pour tout le monde (14). Hahnemann nous a légué une tâche plus lourde, car il nous impose de tenir compte de toutes les manifestations de la maladie, sans en négliger aucune, rappelant avec Bacon que le fait le plus simple, le plus insignifiant en apparence mérite d'être connu par cela seul qu'il mérite d'exister.

Ce n'est donc pas le symptôme extérieur seul dont il nous faut tenir compte, c'est aussi l'altération profonde que nous devons constater. Or, par cela même qu'il nous est imposé de diriger notre choix d'après l'ensemble des signes morbides, il nous est enjoint avant tout de ne pas nous tromper sur leur appréciation. Celui donc qui, dans une maladie de poitrine, tiendrait compte de la toux et de ses caractères, de l'expectoration, de l'état des forces, etc., sans se préoccuper de savoir s'il lui faut traiter une bronchite ou une phthisie pulmonaire, celui-là manquerait à un principe fondamental de l'homœopathie; il courrait le risque de bien mal choisir son médicament et d'employer, à dose infinitésimale, une substance qui n'aurait d'homoeopathique que le nom.

Il y a plus, une même substance, convenant à des affections différentes, reproduit dans ses effets sur l'homme sain les symptômes propres à chacune d'elles, et il faut une attention soutenue pour les distinguer, pour rapporter à chacune les caractères qui lui correspondent. Oeuvre délicate négligée par nos adversaires, qui ne voient dans notre matière médicale qu'erreur et confusion.

 

Valeur relative des symptômes

Enfin, à côté des caractères fondamentaux, constants des maladies, il y a aussi les signes individuels et variables, signes difficiles à saisir pour celui qui est étranger à la médecine, et cependant bien caractéristiques pour le choix du médicament, et dont l'importance tient à ce que, dans la pratique, nous ne traitons pas une maladie, mais un malade.

Il ne suffit donc pas de savoir lire et écrire pour pratiquer heureusement l'homœopathie, il faut savoir observer et expérimenter; et c'est pour ce motif sans doute que la doctrine de Hahnemann compte tant d'adversaires qui n'ont su ni l'appliquer ni la comprendre, et qui la défigurent pour rendre leur critique plus facile, faute pour eux de pouvoir la rendre plus exacte.

Les adversaires de notre doctrine, dit Je docteur Hering, "ont eu tort de soutenir qu'il n'était pas nécessaire au médecin homœopathe de connaître l'ancienne médecine; car ils ont professé en cela une grande erreur. Qu'ils le sachent donc: il n'y a pas d'habile disciple de Hahnemann, qui ne soit versé, comme Hahnemann l'était lui-même, dans la connaissance de la littérature médicale. Il lui serait impossible d'agir avec discernement s'il ne connaissait l'anatomie, la physiologie, la pathologie et la matière médicale, la chirurgie et les sciences accessoires; car il serait alors semblable à un homme qui, sans connaître la navigation, la mer et ses écueils, prétendrait conduire avec sécurité un navire dans le port".

L'application de l'homœopathie réclame donc le plus souvent l'intervention du médecin; cependant, parmi toutes les notions qui ont été recueillies, il en est qui sont en quelque sorte devenues populaires. Il y a bien peu de malades qui ne sachent dans quelles circonstances on prescrit l'Aconit, la Belladone et l'Arnica. Quelques-uns même ont été plus loin, et connaissent les substances les plus utiles pour le traitement des maladies aiguës et les indications auxquelles elles répondent.