L'homéopathie en mouvement

Les remèdes homéopathiques sur les venins de serpents

Les venins de serpents en homéopathie : rechercher une trame commune

C’est en me rappelant comment notre professeur d’anatomie nous avait fait dessiner une vertèbre hypothétique pour nous faire comprendre l’adaptation de chacune de ses parties aux niveaux cervical, dorsal et lombaire que j’ai commencé à raisonner de la sorte pour les venins de serpents.

Leur proximité chimique constitue le point de départ de cette réflexion. Je me suis donc demandé s’il était possible d’établir une série de signes et de symptômes propres à l’ensemble des remèdes issus des venins de serpents.

J’ai imité en cela la démarche homéopathique lors d’une maladie épidémique. Plusieurs cas différents expriment chacun incomplètement l’épidémie ; en additionnant les signes qu’ils présentent, on obtient progressivement une image du remède de la circonstance épidémique.

Il était donc logique d’inférer, au vu de leur proximité, que les remèdes « venins de serpents » puissent eux aussi présenter des signes communs, et même une idée générale commune, sorte d’illusion fondamentale qui ferait que tel patient puisse être adapté à cette famille.

Ainsi que l’écrit Pascal, c’est finalement la question que l’on se pose qui donne la méthode à suivre pour la résoudre : la méthode est dépendante de la question. C’est différent de l’idée cartésienne selon laquelle il existerait une méthode unique.

Une série luétique

Comme préalable à cette démarche, nous disposons de quelques données générales.

On sent chez tous ces gens une colère sous-jacente, une facilité à s’enflammer. Mercurius solubilis, Hepar sulphuris et Nitricum acidum constituent le trio le plus proche ; ils complètent souvent l’action des venins.

Lycopodium clavatum est très voisin, « comme la terre et la lune », disent les anciens avec raison.

Quelle représentation de l’existence peut pousser les gens à ressentir une telle colère ? Voilà l’une des premières questions qui vient à l’esprit.

Lachesis muta : notre modèle de départ

Lachesis muta est pratiquement le seul remède de la série dont la pathogénésie soit suffisamment complète et fiable pour servir de point de départ.

C’est en comparant de près chaque venin avec le grand Lachesis que j’ai dégagé le syndrome minimal appelant un venin. Si l’on pose comme hypothèse que d’autres venins peuvent partager des signes communs avec Lachesis, alors il est probable que certaines rubriques qui contiennent Lachesis puissent aussi contenir d’autres venins.

Cette proximité n’est d’ailleurs pas seulement une impression issue de la lecture de la matière médicale. Elle apparaît également lorsqu’on observe leur présence dans le Répertoire de Kent, 6e édition, tel qu’il est exploité dans PCKent 2.

Une proximité visible dans le Répertoire

Dans PCKent 2, Lachesis muta apparaît dans 6 065 rubriques. La comparaison avec plusieurs autres venins fait apparaître un nombre important de rubriques communes.

  • Crotalus horridus : 1 641 rubriques au total, dont 952 communes avec Lachesis.
  • Naja tripudians : 962 rubriques au total, dont 510 communes avec Lachesis.
  • Elaps corallinus : 941 rubriques au total, dont 439 communes avec Lachesis.
  • Crotalus cascavella : 572 rubriques au total, dont 334 communes avec Lachesis.
  • Vipera : 436 rubriques au total, dont 261 communes avec Lachesis.
  • Cenchris contortrix : 219 rubriques au total, dont 136 communes avec Lachesis.

Rapporté au nombre total de rubriques de chaque remède, le recouvrement avec Lachesis représente environ 58,0 % pour Crotalus horridus, 53,0 % pour Naja tripudians, 46,7 % pour Elaps corallinus, 58,4 % pour Crotalus cascavella, 59,9 % pour Vipera et 62,1 % pour Cenchris contortrix.

Ces pourcentages doivent être compris pour ce qu’ils sont : une proportion des rubriques du remède concerné qui sont également occupées par Lachesis. Ils ne constituent pas une mesure absolue de similitude entre les remèdes.

Une rubrique commune peut en effet avoir une valeur très différente selon le remède, notamment par son degré, sa fréquence ou son caractère plus ou moins caractéristique. Le nombre de rubriques communes constitue donc un indice de recouvrement répertorial, pas une mesure définitive de l’identité des tableaux.

Il n’en reste pas moins que ces chiffres donnent un support concret à l’hypothèse d’une proximité entre les venins. Parmi ces centaines de rubriques communes, il devient alors intéressant de rechercher celles qui pourraient participer à une trame véritablement commune.

Des rubriques particulièrement singulières de Lachesis

Lachesis ne se distingue donc pas uniquement par l’étendue de sa représentation répertoriale. Certaines rubriques très précises n’associent, dans PCKent 2, qu’un seul remède : Lachesis.

Quelques exemples permettent de mesurer cette singularité :

  • PSY : délire / change rapidement de sujet
  • C : constriction / sommeil
  • GF : douleur / ovaires / accouchement
  • LAR : œdème / cordes vocales
  • GE : hémorragie / sombre / incoagulable
  • P : escarres / bords noirs
  • VIS : colorée / noire / papillotent
  • TH : congestion / réveil

L’intérêt de ces rubriques tient aussi à leur diversité. Elles concernent aussi bien le mental que la vision, la gorge, la sphère gynécologique, le larynx, la thyroïde, la peau ou encore les manifestations vasculaires.

Dans cette base, ces exemples montrent ainsi qu’une représentation très large de Lachesis peut également contenir des éléments particulièrement discriminants.

La comparaison des remèdes

Le nombre de rubriques communes avec Lachesis ne suffit toutefois pas à rendre compte de la comparaison entre les venins. PCKent 2 permet également de mettre les remèdes en regard et de faire apparaître un ensemble de symptômes utiles à leur comparaison.

Pour les principaux venins étudiés ici, cette comparaison fait apparaître :

  • Lachesis muta : 1 180 symptômes de comparaison.
  • Crotalus horridus : 1 228 symptômes.
  • Naja tripudians : 740 symptômes.
  • Elaps corallinus : 744 symptômes.
  • Crotalus cascavella : 540 symptômes.
  • Cenchris contortrix : 261 symptômes.

Cette donnée complète donc le nombre de rubriques communes. Ainsi, Crotalus horridus partage 952 rubriques avec Lachesis sur les 1 641 rubriques dans lesquelles il apparaît, tandis que la comparaison des remèdes fait apparaître 1 228 symptômes.

Ces deux chiffres ne mesurent pas la même chose. Les 952 rubriques correspondent au recouvrement répertorial entre Crotalus horridus et Lachesis. Les 1 228 symptômes correspondent à l’ensemble retenu par la fonction de comparaison des remèdes dans PCKent 2.

Cette distinction est importante : il ne s’agit pas d’additionner les deux données, mais de les considérer comme deux manières différentes d’examiner la proximité et les différences entre les remèdes.

La comparaison des remèdes apporte ainsi un support supplémentaire à une recherche qui était initialement fondée sur l’observation clinique et la matière médicale.

La sensation fondamentale

Dans la conception homéopathique exposée ici, si un remède est capable d’agir, c’est parce qu’il est capable de susciter une illusion, un mirage mental ressemblant à celui que présente le patient.

Il ne s’agit pas de dire que la maladie serait une illusion. Il s’agit plutôt de considérer que notre interprétation de ce qui nous entoure peut finir par entrer en contradiction avec la réalité telle que nous la vivons.

C’est comme si, avec les années, il fallait de plus en plus d’énergie pour faire cadrer ce que l’on ressent avec la réalité, ou plutôt la réalité avec ce que l’on ressent.

Ceci explique, dans cette conception, que nous puissions nous mettre dans des situations qui deviennent le reflet exact de ce que nous ressentons en nous. Si l’on s’estime de peu de valeur, on peut s’entourer de personnes et de faits qui viennent valider cette sensation. Si l’on a peur de la trahison ou qu’on la sente comme inévitable, on peut se retrouver lié à des personnes qui, le moment venu, viendront réaliser cette illusion.

Cette manière de comprendre les symptômes appartient au cadre de référence homéopathique. Elle ne constitue pas une explication scientifiquement établie des mécanismes de la maladie ou de l’action des médicaments homéopathiques.

Dans cette conception, un événement extérieur, choc mental ou même physique, peut laisser une empreinte immatérielle dans l’organisme. Une situation traumatisante, peur ou chagrin par exemple, peut alors laisser son empreinte sur la dynamis et le sujet se comporter comme si le facteur agresseur était toujours présent.

Après avoir méticuleusement relu des centaines de cas de Lachesis, un sentiment dominant apparaît, d’où peut découler une partie du comportement et des symptômes que l’on peut appeler adaptatifs.

L’abandon, étiologie commune aux venins

Dans les observations cliniques rapportées ici, la quasi-totalité des cas relevant d’un venin de serpent présentent cette causalité dans leur anamnèse. On peut aussi bien lire la rubrique comme « sentiment d’abandon » que comme « suite d’abandon ».

Partant de cette seule constatation clinique, j’ai cherché à voir si l’on pouvait étayer les autres signes rencontrés chez Lachesis et éventuellement les autres venins.

C’est, je l’avoue, une manie chez moi que de chercher encore et toujours une cohérence aux signes. Chaque fois que l’on retient un médicament, il faut que l’ensemble des signes soit cohérent avec un tableau clinique. Ici, j’ai cherché de la même manière à m’assurer que, si l’hypothèse de départ était bonne, le reste puisse ensuite s’inscrire en toute logique.

Les signes adaptatifs face à l’abandon

Sans perdre de vue une seconde que nous avons affaire à des remèdes d’origine animale où, sans doute, la compétition et la survie se placent au premier rang, j’ai cru discerner trois grands axes qui rendent compte assez facilement de l’ensemble des signes retrouvés chez les venins.

Le sentiment de persécution

Il est des plus marqués chez Lachesis muta. À cause de cette méfiance omniprésente, on craint sans cesse d’être dupé, trahi.

Chez les venins, c’est la relation que l’on craint de perdre car elle a été perdue une première fois. Ainsi, l’abandon, ou la perte de la relation, génère chez les sujets qui ont besoin d’un venin de serpent toute une série de signes bien caractéristiques et, au premier chef, la jalousie.

La jalousie peut également être comprise comme une façon de s’assurer de son territoire : « mon » fils, « mon » enfant, « mon » mari.

Ainsi, l’inconscient de ces patients les pousse à combattre sans cesse le monde de peurs qui est le leur. Certains venins y parviennent bien, comme Lachesis, chez lequel on ne pourrait penser à première vue qu’il existe des phobies tant elles sont compensées. D’autres gèrent moins bien leurs phobies et deviennent plus sociables, comme les Crotales ou Naja.

Le contrôle du territoire

La notion de territoire doit être propre à bien des médicaments d’origine animale. Ainsi, Sepia officinalis sent son territoire sans cesse empiété et cherche à fuir ou à repousser tous ceux qui entrent dans son périmètre. Cette façon de comprendre la matière médicale peut être très fructueuse.

On se rend compte que chaque médicament représente une solution particulière à une grande équation générale.

La possession est l’une des façons de constituer son territoire. Nous sommes renvoyés ici à la jalousie, mais la notion de territoire s’épanouit dans bien des domaines plus subtils.

Un coup d’œil à la rubrique « Désire rentrer chez soi » nous éclaire. On y trouve un Lachesis au second degré. À la lumière de ce qui précède, ce signe peut être considéré comme extrêmement important chez les venins de serpents.

Important signifie ici que le symptôme est l’une des caractéristiques fondamentales de la « trame » des venins et qu’il devrait être clairement présent chez tous les venins.

Or c’est justement ce que j’ai observé depuis six ou sept ans que j’ai commencé à travailler dans cette voie.

Chez un patient que vous soupçonnez de pouvoir relever d’un venin de serpent, demandez ce que la maison ou le lieu d’habitation représente pour lui. À cette question, vous pouvez observer de nombreux signes non verbaux : le visage s’éclaire, un sourire satisfait apparaît, certains gestes peuvent se produire comme pour prendre dans les bras.

Alors viennent bien souvent des réponses telles que « c’est un cocon », « je m’y sens bien, à l’abri ». On peut insister et demander si c’est important de se sentir bien chez soi. La réponse sera alors souvent : « oui, c’est fondamental ».

Il va sans dire qu’avec de tels symptômes, nous avons affaire, dans cette observation, à une personnalité affirmée. En fait, plus la territorialité est affirmée, plus l’est le caractère. Les venins les plus timides sont aussi ceux chez lesquels la notion de territoire est la moins nette ; il existe alors davantage de phobies.

Intolérance pour les restrictions

Toute restriction du territoire est perçue comme une menace. L’intolérance pour les vêtements serrés n’est alors rien d’autre que la correspondance physique de cette image mentale.

De même, la suffocation dans les endroits confinés peut être rapprochée de cette même difficulté à supporter la restriction.

Le tableau commun

Nous allons maintenant étudier les organes affectés électivement par les venins et les symptômes produits à leur niveau. Les signes qui suivent sont bien entendu à moduler en fonction du venin étudié.

Accélération psychique et précipitation

Tout est rapide chez les venins de serpents. Physiologiquement déjà, il nous est impossible de rivaliser avec un serpent en ce qui concerne la vitesse de la réponse musculaire. Un serpent qui attaque ne laisse aucune marge de réaction à son adversaire.

Un peu de la même façon, on observe chez tous les venins une accélération psychique importante : les pensées sont vives, rapides, elles se bousculent les unes les autres.

Lachesis muta représente à cet égard l’un des meilleurs exemples. Avec lui, les idées « bouillonnent » tant que le patient passe d’un sujet à l’autre.

Si l’on n’observe pas de véritable accélération psychique, on retrouve toujours, dans cette observation, le besoin de s’occuper activement et de voir beaucoup de monde.

Crotalus horridus est un bon exemple d’individu qui a besoin d’un travail où il a à parler avec de nombreuses personnes, à commercer au sens premier du terme.

Les gestes sont vifs, rapides et précis. Le regard peut être acéré. L’élocution précipitée se retrouve surtout chez Lachesis, en relation directe avec l’afflux de pensées. Ceci est moins net chez les autres venins.

Phénomènes réflexes : cœur, respiration et circulation

Tous les venins présentent des phénomènes réflexes. Dans cette lecture, le système nerveux est en état permanent d’éveil, voire d’excitation.

Dans l’interprétation proposée ici, cela peut aller jusqu’à des états limites de la clairvoyance et rendre compte d’une connexion avec la religion.

On trouvera des toux réflexes, notamment dans les manifestations cardiaques, des troubles respiratoires et un éréthisme cardio-circulatoire.

Bref, tout se passe comme si ces excès de connexions — pensées, réflexes, respiration, circulation — venaient compenser la crainte de la perte du lien ou de l’abandon.

Sexualité

Tous ces remèdes ont quelque chose de très fort en relation avec la sexualité. D’après Rajan Sankaran, c’est une caractéristique des remèdes animaux. Je pense pour ma part que chercher d’entrée de jeu devant un cas à établir le règne du remède à retenir est une pure folie.

Pour en revenir aux venins, il est clair chez eux que sexualité rime avec lien. Comme il existe un fort besoin d’établir le lien et la relation, la sexualité est très développée dans les tableaux décrits.

Émotivité

Rougeurs, bouffées de chaleur et palpitations sont le lot de tous les venins dans cette observation. On déduira de ce qui précède que l’on est en présence de quelqu’un d’extrêmement émotif.

Mais ce cerveau sans cesse en alerte va produire aussi toutes sortes d’imaginations.

Imaginations et phobies

Ces pensées sont en relation avec une vision assez méfiante de l’environnement. Il existe, à des degrés divers, une certaine méfiance chez la plupart de ces remèdes.

L’image produite par l’inconscient d’une présence derrière soi reflète directement, dans cette lecture, la crainte de se voir attaqué par derrière. Ceci rend compte sans doute de la méfiance et de la crainte d’être trahi : le traître poignarde toujours dans le dos.

Les nombreuses phobies sont contrecarrées autant que faire se peut en développant le territoire et les « annexions » : enfants, biens, maison. On trouvera de nombreuses variations avec les différents venins.

Rêves nombreux et très vivaces, cauchemars

C’est la nuit que sortent les démons. À ce moment, l’inconscient se manifeste avec toute son énergie et c’est pourquoi le sommeil est toujours très agité dans cette observation, entrecoupé de rêves, de difficultés respiratoires et de palpitations.

Le réveil est un moment difficile pour toutes ces raisons. Au contraire du reste de l’humanité, plus un sujet de type venin dort longtemps, plus il peut se retrouver mal au réveil.

Les points d’impact

  • Nerveux : accélération psychique et tout ce qui en découle. Dans cette lecture, un venin chez un sujet au psychisme ralenti s’éloigne du tableau recherché.
  • Sommeil : toutes sortes de manifestations pendant le sommeil, avec insomnies et troubles avant, après ou pendant le sommeil.
  • Cardiaque : palpitations, bouffées de chaleur et flush.
  • Vasculaire : ecchymoses et hémorragies.
  • Respiratoire : respiration spasmée et suffocation.
  • Immunitaire : infections, états septiques et allergies sont rapportés dans les tableaux de matière médicale considérés ici.
  • Cou : thyroïde, amygdales et constriction.

Autres points importants

Unilatéralité des symptômes

On pourra se faire la remarque que chez des êtres qui ont un corps cylindrique, on ne peut pas parler de latéralité. Toujours est-il que les venins affectent très souvent un côté du corps plus qu’un autre.

La fameuse latéralité gauche de Lachesis muta doit donc être tempérée afin de retenir surtout la notion d’unilatéralité.

Constriction insupportable

La constriction insupportable, surtout au niveau du cou, constitue un signe fortement positif dans cette lecture. Bien souvent, l’habillement renseigne au premier coup d’œil : col largement dégagé et mouvements respiratoires puissants qui « laissent entendre » qu’il ne faut pas appuyer dessus.

La rubrique des vêtements serrés permet d’ailleurs de constater que plusieurs venins s’y retrouvent, notamment Cenchris contortrix, Crotalus corallinus, Crotalus horridus, Elaps corallinus, Lachesis muta et Naja tripudians, parmi de nombreux autres remèdes.

Mouvements de la langue

Les mouvements de la langue sont très fréquents chez Lachesis muta. La langue sort et rentre rapidement comme chez les serpents. Il est probable que d’autres venins présentent également ce signe.

Bruxisme

Le bruxisme est notamment marqué chez Crotalus horridus. Ce signe fait partie des manifestations qui surviennent dans le sommeil et, cliniquement, bien des remèdes de la famille peuvent le présenter.

Sexualité et magnétisme animal

Il est difficile d’exprimer par des mots l’espèce de sensualité que dégagent la plupart des venins. Certaines fois, on rencontre pourtant le contraire : par exemple des femmes très peu féminines.

Désirs

Certains désirs reviennent dans les portraits des venins, notamment l’alcool et le chocolat.

Lachesis muta

C’est bien entendu avec Lachesis muta que l’on confond le plus facilement n’importe lequel des venins qui vont suivre. N’importe quelle rubrique qui contient Lachesis peut aussi contenir un autre venin.

La fiche signalétique de Lachesis fait apparaître un remède qui peut aller de l’effacement à l’autorité, de la docilité et de la compassion à la critique, et du méticuleux au désordre. À cela s’ajoutent notamment la jalousie, les rêves, l’élocution rapide, les signes du cou, la loquacité, la langue et les phobies.

Dans le portrait minute, le sujet parle beaucoup et très vite, change de sujet, la langue bute souvent sur les dents ou le malade la sort en parlant.

Le patient dirige l’entretien : il peut être difficile de poser une question tant le flot est inarrêtable. Il se méfie de ce qu’on lui donne : « qu’est-ce qu’il y a là-dedans ? »

Les cols serrés sont mal supportés, avec besoin d’air. Les endroits surchauffés aggravent également le tableau, avec besoin d’air, tendance à rougir et palpitations.

La respiration spasmodique, l’apnée du sommeil et certaines manifestations ORL, notamment les otites et les angines répétées, complètent le portrait.

On retrouve également le désir d’alcool et de chocolat, ainsi que cette caractéristique remarquable : les pieds sont glacés alors que le reste du corps souffre de la chaleur.

Elaps corallinus

Elaps corallinus peut être confondu avec Arsenicum album. Le sujet est toujours tiré à quatre épingles, propre et rangé, perfectionniste, et vérifie le soir que les portes sont bien fermées à clé. Il redoute de rester seul.

On se trouve devant un sujet qui évoque irrésistiblement Arsenicum, mais qui présente un caractère bien trop affirmé pour que ce dernier soit retenu dans cette comparaison.

Le sujet est phobique : peur des serpents, mais surtout de la pluie, avec la crainte qu’il arrive une inondation. Il est autoritaire et ne supporte pas les vêtements autour du cou.

Parmi les désirs rapportés figurent la salade, les oranges et le yaourt.

Cenchris contortrix

Cenchris contortrix est le plus réservé des venins, tout en étant très actif. On rencontre aussi des sujets déprimés, notamment lors de la grossesse.

Le désir de sel est souvent très présent.

La comparaison avec Sepia officinalis porte notamment sur la constriction du cou, le débit de parole rapide et la personnalité réservée, mais très efficace dans le travail. Chez la femme, on observe des sujets hyperactifs, parfois peu féminins, avec notamment les cheveux courts. Des manifestations herpétiques, notamment vulvaires, ainsi que des troubles gynécologiques, notamment des métrorragies, sont également rapportés dans le tableau source.

La comparaison avec Natrum muriaticum peut être évoquée autour du désir de sel ou d’aliments salés, de l’introversion et du besoin de bouger.

Chez la femme, la douleur de l’ovaire droit, aggravée avant les règles, est très caractéristique dans les observations rapportées.

Cenchris est probablement le venin qui présente les rêves les plus affreux. Les rêves de viol sont notamment rapportés.

Le sentiment qu’il y a quelqu’un derrière soi est également présent dans le tableau, comme chez Crotalus corallinus, mais certainement aussi chez d’autres venins.

Très souvent, j’ai donné ce remède à des femmes ; j’ignore donc presque tout des signes chez l’homme. L’histoire personnelle est souvent la même : elles ont trouvé un métier très jeunes pour pouvoir assurer leur indépendance et quitter au plus vite le foyer familial, souvent vers quinze ou seize ans.

Ces femmes ont toujours une volonté extraordinaire dans leur travail où elles aiment relever des défis. Il n’est pas rare de les trouver dans des milieux masculins où elles parviennent à percer, souvent au terme d’une rivalité effrénée avec leurs collègues.

Naja tripudians

Naja tripudians donne au premier abord une impression de Pulsatilla pratensis : gentillesse, grande émotivité, larmes faciles et tendance à rougir.

Une fois passée la première impression de type Pulsatilla, on remarque les mouvements de la langue et un caractère bien trop affirmé.

C’est le venin qui supporte le mieux la constriction, au point que parfois on ne retrouve même pas d’intolérance pour ce qui serre.

Le cœur est la cible élective du remède dans le tableau étudié : palpitations, surtout au réveil et si l’on doit prendre la parole en public. Le souffle peut en être même coupé.

On retrouve volontiers une petite toux sèche chronique, rapportée ici en relation avec une irritation du sympathique.

Les manifestations thyroïdiennes rapportées comprennent notamment Basedow et Hashimoto.

La sensibilité est immense. Le moindre rien peut jeter le sujet dans ses phobies : peur dans la rue, peur d’être suivi, etc.

Crotalus horridus

Crotalus horridus est le plus social des venins. Sa docilité et sa très grande compassion le font beaucoup ressembler à Phosphorus, d’autant qu’ils peuvent avoir peur du tonnerre et de l’orage.

Mais il présente aussi une grande irritabilité et une révolte importante. Le bruxisme est particulièrement marqué. Cette dimension peut rapprocher le tableau de Cicuta virosa ou de Mercurius solubilis.

La personnalité est extrêmement compatissante. Sa sensibilité peut s’exprimer, par exemple, à la lecture d’un texte émouvant : les larmes peuvent alors monter aux yeux.

Ce sont souvent des femmes « bien en chair », qui présentent bien des aspects caractéristiques des venins mais qui sont trop calmes pour des Lachesis.

Les sujets supportent très mal d’avoir faim et sont soulagés en mangeant. C’est notamment ce qui peut expliquer que ces personnes soient souvent bien en chair.

Les rêves sont souvent affreux, parfois même avec l’odeur de corps en décomposition.

Les migraines avec vomissements bilieux font partie du tableau.

Les manifestations cutanées consécutives à une exposition au soleil occupent également une place importante dans la matière médicale de ce remède.

Crotalus cascavella

Crotalus cascavella peut être rapproché d’Arsenicum album par la fixation des pensées sur la mort, la tendance à être perfectionniste au travail et le besoin d’avoir de la présence. Une foule peut même rassurer le sujet.

Ils sont perfectionnistes au travail et peuvent être complètement désordonnés chez eux. Leur maison est très importante à leurs yeux et ils ont le désir de rentrer chez eux. Cela les rapproche également de Baryta carbonica.

Crot-c est un grand médicament dans les observations rapportées chez des gens qui ont été frappés par un deuil. Ils ont sans arrêt besoin que ça bouge autour d’eux, de voir défiler des gens, cherchant ainsi à s’évader de pensées continuellement tournées vers la mort.

La peur de la mort peut apparaître dès qu’ils sont seuls.

Ils ont de nombreuses peurs, dont la peur des araignées et de l’obscurité.

Ils sont aggravés par le soleil et présentent un désir de chocolat.

De la trame commune à la différenciation

Nous disposons maintenant de plusieurs manières complémentaires d’observer la proximité des venins.

D’un côté, le Répertoire permet de constater le nombre de rubriques communes avec Lachesis : 952 pour Crotalus horridus, 510 pour Naja tripudians, 439 pour Elaps corallinus, 334 pour Crotalus cascavella, 261 pour Vipera et 136 pour Cenchris contortrix.

De l’autre, la comparaison des remèdes dans PCKent 2 permet de mettre en regard un ensemble plus large de symptômes : 1 180 pour Lachesis, 1 228 pour Crotalus horridus, 740 pour Naja, 744 pour Elaps, 540 pour Crotalus cascavella et 261 pour Cenchris.

Enfin, certaines rubriques très précises n’associent dans cette base que Lachesis. Elles montrent que la richesse répertoriale du remède ne se réduit pas à un grand nombre de symptômes partagés : elle comporte également des éléments particulièrement singuliers.

Ces données ne permettent pas de conclure que les venins formeraient une famille homogène ni que deux remèdes seraient interchangeables. Elles donnent cependant une base concrète à une observation clinique qui, au départ, pouvait sembler beaucoup plus intuitive.

La question devient alors particulièrement intéressante : parmi tous ces points de rencontre, lesquels correspondent réellement à la trame commune des venins ? Et surtout, comment chaque remède transforme-t-il cette trame générale en un tableau qui lui est propre ?

C’est ici que l’étude de la matière médicale reprend toute son importance. La proximité répertoriale peut orienter la recherche, mais elle ne remplace pas la lecture du tableau dans son ensemble.

Une manière de comprendre les venins

L’étude des venins de serpents peut ainsi être envisagée comme un mouvement permanent entre le commun et l’individuel.

Au départ, leur proximité conduit à rechercher une trame. L’observation clinique fait apparaître des thèmes tels que l’abandon, la perte du lien, la peur de la trahison, le contrôle du territoire, la possession, la jalousie, l’intolérance aux restrictions, l’accélération psychique, les phobies, les rêves et la grande réactivité.

Le Répertoire apporte ensuite une autre manière de constater cette proximité. Plusieurs centaines de rubriques sont communes entre Lachesis et les autres venins étudiés. La comparaison des remèdes permet de poursuivre cette exploration sur un ensemble plus large de symptômes.

Mais ces données ne prennent leur véritable sens que lorsqu’elles sont confrontées à la matière médicale.

Lachesis muta reprend alors son individualité avec sa loquacité, son élocution rapide, sa jalousie, sa méfiance, sa constriction et ses manifestations de la langue.

Elaps corallinus se différencie par son caractère affirmé, son perfectionnisme, ses phobies et son besoin de sécurité.

Cenchris contortrix associe réserve, activité intense, indépendance, désir de sel et une vie onirique particulièrement marquée.

Naja tripudians présente une grande émotivité, une sensibilité extrême, des phobies, une relation particulière à la constriction et une forte expression cardiaque.

Crotalus horridus se distingue par sa dimension sociale, sa compassion, sa sensibilité, mais aussi son irritabilité et sa révolte.

Crotalus cascavella fait apparaître de manière particulièrement nette la relation entre deuil, pensées de mort, besoin de présence et importance du territoire.

La recherche d’une trame commune ne consiste donc pas à réduire les venins à un même portrait. Elle permet au contraire de mieux comprendre pourquoi ils peuvent se retrouver dans certaines mêmes rubriques tout en présentant des tableaux profondément différents.

C’est peut-être là que réside l’intérêt principal de cette étude : partir de ce qui rapproche les remèdes pour mieux voir ensuite ce qui les rend uniques.

 

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