L'homéopathie en mouvement

La Médecine homéopathique domestique de Hering : de la méthode à la pratique (2/7)

Hygiène et force vitale chez Hering : l'organisme dans son milieu

Premier temps : comprendre l'organisme.

Après le médicament, l'organisme. Dans la Médecine homœopathique domestique, l'hygiène vient après les développements sur le régime et le médicament, et elle est bien plus ambitieuse qu'une liste de conseils sur l'alimentation, le sommeil ou les vêtements. Elle est définie comme la partie des sciences médicales qui a pour objet la conservation de la santé, ce qui conduit Simon à une vision large : l'homme doit régler ses rapports avec le monde extérieur, dans ses relations physiques comme dans ses relations intellectuelles et morales.

Deux hygiènes

Simon distingue l'hygiène du malade, qui doit éviter ce qui aggraverait son état ou entraverait l'action des médicaments, et celle du bien-portant, qui vise à placer l'organisme dans des conditions où la « force vitale » peut agir sans obstacle. Il distingue aussi l'hygiène publique, qui agit sur les conditions collectives, de l'hygiène privée, qui dépend des comportements individuels, et reconnaît d'emblée que la position sociale, la profession, les habitudes et les passions s'opposent souvent à l'application de ses règles.

Les fonctions matérielles : digestion, respiration, circulation

Trois fonctions sont placées au premier plan.

La digestion. Les chimistes de l'époque avaient tenté de calculer les quantités de viande, de pain et de légumes nécessaires chaque jour. Simon objecte que les aliments ne se jugent pas seulement sur leur composition chimique : ils proviennent de substances vivantes, et leur degré d'organisation compte. Surtout, les besoins diffèrent d'un individu à l'autre. Il retient donc l'appétit comme guide : le satisfaire sans le dépasser. Il reproche aux condiments de surexciter l'appétit et de fausser la sensation de faim et de satiété, et il met en garde contre certaines boissons. Il observe aussi que s'habituer à une substance ne signifie pas qu'elle a cessé d'agir : l'habitude peut atténuer la perception de l'effet sans supprimer l'effet.

La respiration. L'air est examiné sous trois rapports : composition, température, pression. Simon oppose les villes, où l'air se dégrade, à la campagne, et rappelle une responsabilité individuelle : aérer, entretenir son habitation. La notion de « miasmes » appartient à la médecine de son temps et ne correspond pas à la conception actuelle des agents infectieux ; elle traduit néanmoins une préoccupation réelle pour l'insalubrité du milieu. Sur le chauffage, il préfère les cheminées aux poêles, jugés trop desséchants.

La circulation. Elle peut être entravée par les efforts violents, par l'inactivité prolongée, et par ce qui comprime le corps : le corset ou la ceinture serrée sont critiqués pour cette raison.

La peau, les bains, les vêtements

Pour Simon, la peau participe à un échange permanent avec l'extérieur ; la propreté est donc une condition de cet échange. Mais il ne recommande pas pour autant des bains multipliés : le bain de propreté doit être tiède, peu fréquent et pas trop long, car on peut pécher par excès comme par défaut. Les vêtements protègent de la température et doivent laisser transpirer sans comprimer.

Des fonctions organiques aux fonctions de relation

Vient ensuite un changement de niveau : sensibilité, motilité et intelligence. Simon cite Hahnemann : dans l'état de santé, la force vitale anime dynamiquement le corps et maintient ses parties en harmonie. Il faut présenter cette notion pour ce qu'elle est : un concept doctrinal de l'homéopathie classique, et non une entité établie par la physiologie contemporaine. Dans le texte, elle joue pourtant un rôle structurant : elle relie les parties de l'organisme à une conception unifiée de l'être humain.

À partir de là, l'hygiène devient une question de conduite, puis de morale : ne pas surexciter le système nerveux, alterner exercice et repos, respecter le rythme du sommeil, réserver la nuit au repos, ménager un repos hebdomadaire (dont Simon souligne explicitement la dimension religieuse), adapter sa manière de vivre à son âge (« savoir être jeune », « savoir être vieux »), et distinguer l'habitude qui structure l'existence de celle qui devient servitude. Plusieurs de ces jugements sont marqués par la société du XIXe siècle.

Une même logique : la juste mesure

Tout le chapitre est traversé par une idée : la santé dépend d'une juste mesure des sollicitations imposées à l'organisme. Ne pas manger trop peu, mais ne pas dépasser l'appétit ; ne pas négliger la propreté, mais ne pas multiplier les bains ; protéger le corps sans le comprimer ; exercer sans épuiser, reposer sans engourdir. Chaque influence peut soutenir l'équilibre ou le perturber.

Dans le cadre doctrinal de Simon, la santé est une harmonie des parties de l'organisme sous l'action de la force vitale, afin que l'esprit puisse utiliser librement les instruments du corps. L'hygiène est un moyen, non une fin : elle ne sert pas seulement à conserver des organes, mais à permettre à l'être humain d'accomplir ce que l'auteur considère comme le but de son existence, et Simon conclut même que celui qui la respecte agit aussi pour sa famille et pour la société.

On peut aujourd'hui faire le tri : ni les miasmes, ni certains effets prêtés aux boissons, aux bains ou aux cosmétiques, ni la force vitale ne sont des connaissances établies. Mais ce texte reste précieux pour comprendre une manière de penser la santé : une relation permanente entre un organisme et son milieu.

Le médicament d'un côté, l'organisme de l'autre : il reste à voir ce qui arrive à cet organisme. C'est l'objet de la deuxième partie de la série, qui commence avec ce qu'une émotion peut faire naître chez celui qui l'éprouve.

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