Une question récurrente

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L’Organon comme les Principa de Newton.

La réponse à une telle question nécessite de soulever bien des points, et surtout de comprendre que s’il existe des lois de guérison, alors il faudra les suivre.

 

QUESTION :


bonjour les amis

que pensez-vous de l’homéopathie uniciste ?

côté Patient, je pense qu’il faut avoir une confiance aveugle en cette discipline pour accepter la lenteur de son action. Mais peut-on avoir assez de patience pour attendre l’effet du Remède unique ?

car on peut continuer de souffrir s’ il arrive que le Remède ne couvre pas tous les symptômes du malade côté Médecin ?

REPONSE DU DR. BROUSSALIAN :

La candeur de la question fait sourire les homéopathes. Sa formulation révèle une connaissance très superficielle du sujet, mais c’est le propre de tous les débutants et il nous faut encourager ces questions et toujours y répondre avec bienveillance ! Nous allons ainsi soulever quelques points intéressants.

« que pensez-vous de l’homéopathie uniciste ? »

Telle que la question se présente, il y aurait donc des manières différentes de faire de l’homéopathie, certains chercheraient à prescrire un seul médicament, d’autres plusieurs. Dans le fond n’est-ce pas déjà ce à quoi l’on assiste dans la médecine classique où tout n’est qu’affaire de mode, de jugement personnel, et surtout d’influence cachée du laboratoire, ou encore de longueur de la jupe de la représentante du labo ?

Une question surgit alors : en quoi l’homéopathie est-elle différente de la médecine classique ? Des boules blanches à la place des suppositoires rouges ? Des tubes multicolores au lieu de jolies boites en carton ? Où réside la différence ?

Leur différence réside dans un point fondamental, irréconciliable. La médecine classique nie, ou ne veut même pas chercher à savoir, qu’il existe des lois dans l’application des médicaments, des lois de guérisons et des principes intangibles dans leur application.

L’homéopathie est le nom donné par Hahnemann à la mise en œuvre de la seule loi de guérison connue, la loi des semblables. Il a consigné les découvertes de 55 années d’expérimentations incessantes à travers 6 éditions de l’Organon. Pour comprendre ce point, il faut maintenant faire le parallèle avec les Principia de Newton paru en 1687. Dans ce livre magistral, Newton fait la synthèse des découvertes astronomiques et des données collectées par ses prédécesseurs, notamment Kepler et expose la découverte d’un principe général, celui de l’attraction universelle. Bien que l’ouvrage ait plus de 300 ans, il reste parfaitement d’actualité, il n’a pas pris une ride, et devrait être lu par tous les physiciens.

Si le livre n’a rien perdu de son actualité, c’est qu’il est littéralement indémodable, car il ne repose sur aucune mode mais bien sur l’énoncé de lois universelles et intemporelles.

C’est exactement le cas de l’Organon de Hahnemann qui décrit des faits, des observations et en tire des conclusions logiques et des lois. Aucun ouvrage de médecine classique ne dure plus que quelques années, mais l’Organon continue de défier le temps et d’interpeller l’intelligence de toute personne qui daigne le parcourir.

Or, la plupart des médecins qui prescrivent de l’homéopathie n’ont jamais entendu parler de l’ouvrage. Pour nombre d’entre eux l’homéopathie c’est la loi des semblables. Une telle assertion revient à dire que le caoutchouc c’est la sève de l’hévéa, ce qui est une absurdité.

Justement, si la loi des semblables, pressentie au cours des siècles, n’a jamais pu être mise en application avant Hahnemann, c’est parce qu’entre le sujet et la substance similaire de son état se produit une telle affinité que des réactions incontrôlables surgissent.

L’homéopathie définit donc avant toute chose l’idéal thérapeutique, idéal complètement passé sous silence par la vielle école :

 

2. — L’idéal thérapeutique consiste à rétablir la santé d’une manière rapide, douce et permanente, à enlever et à détruire la maladie dans son intégralité, par la voie la plus courte, la plus sûre et la moins nuisible, cela d’après des principes clairs et intelligibles.                           

                                    

Ce point devrait être longuement médité par tous les apprentis, je ne puis le développer ici.
L’aphorisme suivant nous intéresse au plus haut point puisqu’il définit la compétence médicale :

                                                   

3. — Si le médecin perçoit clairement ce qu’il faut guérir dans les maladies, c’est-à-dire dans chaque cas de maladie individuelle (connaissance de la maladie, indications) [Voir §70, §98],

—s’il perçoit clairement ce qui est curatif dans les médicaments, ce que chaque médicament est capable de guérir (connaissance des puissances médicinales),

—si d’après des principes clairement définis il sait appliquer ce qu’il y a de curatif dans les médicaments à ce qu’il a reconnu d’indubitablement morbide chez le malade de telle façon que la guérison doive s’ensuivre, c’est-à-dire:

a) s’il sait appliquer convenablement à chaque cas particulier le remède le mieux approprié selon son mode d’action (choix du médicament, la substance indiquée),

b) adapter le mode exact de sa préparation [dynamisation, échelle LM ou centésimale] et sa quantité requise (dose requise),

c) juger du moment opportun où cette dose demande à être répétée,

—s’il connaît enfin, dans chaque cas, les obstacles à la guérison: (manque d’hygiène, indispositions, corps étrangers, calculs, malformations, traumatismes, etc… [Voir § 7 a)], et sait les écarter pour que le rétablissement soit permanent, alors il sait agir d’une manière judicieuse, conforme au but qu’il se propose d’atteindre, alors seulement il est un médecin digne de ce nom, un maître de l’Art de guérir. [Voir § 71]

                                      

C’est dire que l’homéopathie ne s’apprend pas en un seul jour et qu’il convient de se trouver un mentor éduqué pour progresser. A mes yeux, seules les personnes capables de concevoir cet aphorisme 3 peuvent être appelées homéopathes, et cela se voit d’après leurs résultats cliniques, notamment devant tous les cas considérés comme impossibles à traiter par « les autres ».

Venons-en maintenant au problème posé par l’unicité du médicament, à cet égard Hahnemann ne fait aucune ambiguïté

 

273.— Dans aucun cas sous traitement il ne sera nécessaire ni donc admissible d’administrer au patient plus d’une seule substance médicinale simple à la fois.

Il est inconcevable qu’il puisse planer le moindre doute sur la question de savoir s’il est plus raisonnable et plus conforme à la nature d’ordonner dans une maladie une seule substance médicinale simple (a) et bien connue, ou de prescrire un mélange de plusieurs médicaments agissant différemment. Il n’est absolument pas permis dans l’homéopathie, le seul véritable, simple et naturel art de guérir, de donner au patient deux substances médicinales différentes en même temps.

 

On ne peut pas inférer quoi que ce soit d’une expérience en physique où l’on modifie plusieurs paramètres à la fois.

Le Fondateur est donc très clair en déclarant « qu’il n’est absolument pas permis dans l’homéopathie de donner au patient deux substances médicinales différentes en même temps. » En ajoutant que l’homéopathie est « le seul véritable, simple et naturel art de guérir » il nous rappelle qu’il faut adhérer à cette simplicité, aux racines étymologiques même du mot « simple » qui signifie « un. » Il est toujours frappant de voir combien la polypharmacie ouvre la porte aux interprétations personnelles « moi je donne ceci et cela dans telle et telle affection », « pas du tout mon cher, vous devez ajouter ceci, et cela. » En un mot nous sommes transportés :

1) dans l’arbitraire qui règne en allopathie, et

2) dans l’approche par symptôme ou par organe qui caractérise aussi l’ancienne médecine.

C’est une double trahison des principes élémentaires définis dans l’Organon (et on peut même ajouter dans tous les Organons, puisque le principe d’unicité figure inchangé depuis la première édition). Nous devons imaginer l’effort de manipulation qui a été notamment celui de l’école française pour arriver à faire dire à Hahnemann qu’on peut appliquer plusieurs médicaments à la fois. Vous pourrez assister à de longues polémiques quant à savoir par exemple si c’est Aegidi ou Stoll qui a eu le premier l’idée d’associer plusieurs médicaments. Vous pourrez discuter de savoir si Hahnemann a expérimenté cette méthode avec le Baron, et s’il était initialement d’accord avec ou pas. Vous pourrez justifier cette démarche initialement pour « boucher les trous » d’une matière médicale trop peu étoffée. Vous pourrez « déduire » de l’alternance des indications de Bryonia et de Rhus-tox la justification du pluralisme, mais sans comprendre que c’est la modification du tableau clinique qui appelle le changement de médicament et non pas le fait de croire compléter l’action de ces deux médicaments en les donnant à la fois.

Mais jamais ce §273 ne sera cité par ceux qui veulent à tout prix justifier leurs pratiques. Dans le fond, chacun reste libre de faire comme il l’entend mais alors pourquoi s’acharner à appeler cela de l’homéopathie ?

Comme je viens de le dire en préambule, s’il existe des lois de guérison, alors il faut les suivre, sinon il faut rester dans l’allopathie !

Pour toutes ces raisons, la monopharmacie reste l’un des piliers de l’homéopathie, comme le rappelle parfaitement Lippe dans sa Déclaration, que nous pouvons maintenant comprendre dans son intégralité :

1) La guérison du malade est rapide, douce et permanente avec les médicaments eux-mêmes capables de produire chez une personne en bonne santé des symptômes morbides semblables à ceux que présente le malade.

2) Les modifications et les états pathologiques des tissus et organes représentent les conséquences d’un trouble dynamique, et non la cause de la maladie.

3) Le choix du médicament se fonde uniquement sur la totalité des symptômes, subjectifs et objectifs.

4) La seule manière d’établir l’aptitude de remèdes à déclencher des maladies consiste à les expérimenter sur des sujets sains.

5) Afin de garantir les meilleurs résultats en pratique, il ne faut administrer qu’un seul remède, et n’en administrer que la dose minimale pour amener la guérison.

6) Et tout traitement local dans les cas non chirurgicaux est non seulement inutile, mais risque de modifier la localisation de la maladie, et de déclencher de dangereuses complications, sans jamais obtenir de guérisons permanentes.

Un praticien incapable de souscrire à ce texte démontre ainsi sa non-pratique de l’homéopathie et sa méconnaissance fondamentale des principes. Pourquoi ne les a-t-il pas étudiés ? Et dans ce cas pourquoi prescrit-il de l’homéopathie ?

Pour résumer ce point, il faut comprendre que la notion de totalité est à la base même de l’homéopathie : il faut comprendre que le malade ne peut être résumé à ses parties, et que nous observons toujours un ensemble de symptômes, de la tête aux pieds, chez tous les patients. C’est une chose que la médecine classique est incapable de concevoir, elle qui a le cadavre pour modèle depuis Vésale, or c’est pourtant la réalité.

Aux yeux de l’industrie qui a pris possession de la médecine et qui impose son paradigme chimique, il suffit d’ajouter autant de drogues que l’on veut supprimer de symptômes. C’est une vue rentable mais absurde, et surtout non scientifique puisqu’elle ne correspond en rien à l’observation des phénomènes morbides.

On doit donc s’adresser à cette fameuse totalité comme un tout indissociable, qui ne peut pas être réduit à ses composantes. Voici un premier aspect du problème.

Le second aspect vient de la pharmacopée. Coïncidence, tous les médicaments présentent la propriété de susciter une totalité de symptômes, et c’est bien entendu encore la marque de la non-science habituelle de baptiser « effets secondaires » le reste de l’activité de la drogue dans l’organisme, mais qu’on ne saurait voir. La médecine classique est donc coupable d’un double arbitraire.

La médecine se résume donc à la rencontre, je devrais dire à l’interférence de deux totalités. La première qui exprime la dissonance interne, invisible directement, mais qui caractérise le patient. La seconde, celle du potentiel du médicament de provoquer sa propre maladie artificielle.

A ceci il convient d’ajouter que la seule manière d’explorer les propriétés des médicaments reste de les administrer individuellement à des volontaires pour observer la maladie artificielle qu’ils sont capables de provoquer. Ceci a été effectué au prix de souffrances inimaginables afin de nous apporter cette connaissance.

Pensez-vous que ce soit faire preuve de respect que d’utiliser ces découvertes à sa guise, à sa mode, selon sa fantaisie, fantaisie elle-même basée sur une méconnaissance la plus noire de tous les principes dégagés par Hahnemann ?

Dès lors il devient évident que l’unique solution consiste à administrer une substance capable de ressembler le plus précisément possible à la totalité du patient. Hahnemann résume ceci au §26 :

26.— C’est ainsi que l’expérience prouve que tous les médicaments guérissent, sans exception, les maladies dont les symptômes ressemblent à leur [maladie artificielle], et qu’aucune ne leur résiste.[1]

Ceci repose sur la loi naturelle de l’homéopathie, loi parfois pressentie, mais méconnue jusqu’ici, bien qu’elle ait été dans tous les temps la base de toute guérison véritable, à savoir que:

Dans l’organisme vivant, une affection dynamique plus faible est éteinte d’une manière durable par une plus forte, si celle-ci (cependant différente d’espèce) lui ressemble cependant beaucoup dans sa manifestation (a). [Voir §45]

J’espère que cet énoncé vous interpelle, il est tellement magistral et en avance de milliers d’années-lumière sur tous ce qu’on trouve comme sottises écrites sur l’homéopathie. On me pardonnera de ne pas développer ici ce qui a fait l’objet de nombreuses heures de cours.

« côté Patient, je pense qu’il faut avoir une confiance aveugle en cette discipline pour accepter la lenteur de son action. Mais peut-on avoir assez de patience pour attendre l’effet du Remede unique ? »

Comment le patient pourrait-il avoir une confiance aveugle, si le praticien digne de ce nom est avant tout une personne animée par le doute scientifique, et conscient de ses propres limites humaines ?

Par contre, qu’on ne s’étonne pas si des homéopathes comme moi, au bout de 30 années d’études et d’application acharnées de l’homéopathie telle que Hahnemann nous l’a léguée, au terme de 120.000 cas traités, y compris dans la médecine d’urgence, ou dans les maladies épidémiques comme le choléra, éprouvent une confiance illimitée dans le système. Nous en connaissons tous les fondements logiques exposés dans l’Organon, et nous en avons tiré l’application clinique qui n’a cessé de nous émerveiller.

Le simple fait de demander s’il faut avoir de la patience montre que la personne qui pose la question n’a jamais encore vu agir un médicament homéopathique. Son action, en effet, ne repose pas sur un principe chimique mais bien sur la perception dynamique par la force vitale, elle est donc quasiment instantanée. Les effets reposent sur tout ce qui est défini au §3 que j’ai cité en préambule et notamment sur le choix du médicament et de la posologie correcte. En note au §253 Hahnemann écrit :

a) Les signes d’amélioration relatifs à l’humeur et à l’esprit du malade se manifestent peu après l’absorption du remède, quand la dose en a été suffisamment minime (c’est-à-dire aussi petite que possible). Une dose inutilement exagérée du médicament, même le plus indiqué homéopathiquement, agit trop violemment et produit en premier lieu une perturbation de l’esprit et du tempérament trop importante et trop durable pour nous permettre de percevoir rapidement l’amélioration qu’elle comporte. [Voir §276].

Je dois faire remarquer ici que cette règle essentielle est surtout transgressée par ceux qui s’essayent présomptueusement à l’homéopathie et par les médecins des rangs de l’ancienne école qui sont convertis à l’homéopathie. A cause de leurs vieux préjugés, ces personnes ne supportent pas l’idée de la plus petite dose des plus hautes dynamisations[2] du médicament dans de tels cas. Ils se privent ainsi de faire l’expérience des grands avantages et des bienfaits de ce mode d’action que des milliers d’expérimentations ont montré comme étant le plus salutaire. Ils ne peuvent faire ce qu’accomplit la véritable homéopathie, et s’affichent cependant à tort comme ses vrais adeptes.

J’aimerais maintenant faire remarquer que la formulation « Remède unique », a tout de quelque chose qui n’est en rien homéopathique. Ne suis-je pas en train de me contredire ? Nulle part, ni chez Hahnemann, ni chez aucun de ses véritables disciples ne surgit l’idée d’un médicament unique, « pour la vie ». J’imagine que c’est ici la signification du R majuscule. Tout au contraire, les notions élémentaires qui précèdent nous montrent qu’il faut à chaque fois donner un seul médicament à la fois, et adapter très vite la prescription si l’on n’obtient pas de résultat rapide.

Il s’agit de prescrire un médicament à la fois, mais en aucun cas un Remède unique qui relève non seulement d’une utopie mais souvent d’une démarche contestable ancrée sur une méconnaissance de l’homéopathie.

Une fois encore, Hahnemann nous montre la voie du milieu : ni la polypharmacie « à la française », ni un médicament panacée unique pour toute la vie, mais seulement le médicament qui correspond à l’expression de l’adaptation dynamique du moment, elle-même modulée par de nombreux facteurs externes (circonstances et modalités), et internes (miasmes chroniques, constitution, etc.)

« car on peut continuer de souffrir s il arrive que le Remède ne couvre pas tous les symptômes du malade et côté Médecin ? »

La réponse est « bien sûr que non », et c’est ici le rôle du médecin compétent d’adapter sa prescription comme je viens de le dire.

Donner n’importe quoi pour se rassurer, c’est reculer pour mieux sauter et la garantie que le cas va s’aggraver et même sera brouillé. Cela s’appelle remuer la vase. La polypharmacie obtient très bien ce résultat en maintenant des gens valeureux dans l’ignorance des principes qui assurent infailliblement des résultats rapides, et en complexifiant des cas qui auraient pu être résolus la plupart du temps avec une brève réflexion.

J’espère avoir répondu à la question !

 

[1] C’est-à-dire quand la comparaison des effets d’un médicament avec ceux d’une maladie montre une grande homéopathicité établie d’après les critères du §153 et que le cas répond au § 279.

[2] La traduction de Boericke comporte un contresens important. Il parle de basses dynamisations, (lowest dilutions), alors que le texte allemand mentionne bien « höheren Dynamisationen der Arzneien », les dynamisations les plus élevées.

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