AUTO-EXPÉRIMENTATION

L'ORGANON

141. — De toutes les expérimentations pathogénésiques sur l'homme sain, les meilleures seront toujours celles qu'un médecin doué d'une bonne santé, exempt de préjugés, consciencieux, sensible et capable d'analyser ses sensations, fera sur lui-même, avec toutes les précautions et recommandations qui viennent d'être prescrites.

On n'est jamais plus certain d'une chose que lorsqu'on l'a éprouvée soi-même (a).

 (a) Les expérimentations pharmaco-dynamiques faites sur soi-même ont encore des avantages qu'il est impossible d'obtenir autrement.

1. D'abord, fait indéniable, elles procurent grâce à ces auto-observations la conviction de cette grande vérité, que la vertu pharmaco-dynamique curative des substances médicinales se fonde sur leur faculté de perturber l'état physique et psychique d'un être vivant.

2. En second lieu, ces intéressantes observations nous apprennent à comprendre nos propres sensations, nous font analyser notre pensée, découvrir notre état psychique (source de toute véritable sagesse : en grec, connais-toi toi-même).

3. De plus elles nous font acquérir le talent d'observation dont aucun médecin ne peut se passer. Les observations faites sur autrui n'ont point le même attrait que celles faites sur soi-même. En observant les autres, il est toujours à craindre que les sujets d'expérience n'éprouvent pas rigoureusement ce qu'ils disent, ou n'expriment pas d'une manière convenable, par des expressions tout à fait appropriées ce qu'ils ressentent. On se demande toujours si l'on n'a pas été induit en erreur, du moins en partie.

Cet obstacle à la connaissance de la vérité, qu'on ne peut jamais écarter entièrement lorsqu'on s'informe des symptômes artificiels provoqués chez les autres par l'action des médicaments, n'existe point dans les expérimentations qu'on fait sur soi-même. Celui qui se met en expérience sait au juste ce qu'il sent et chaque nouvel essai qu'il tente sur sa propre personne est pour lui un motif d'étendre davantage ses investigations, en les portant sur d'autres médicaments.

Comme il est certain de ne point se tromper, il n'en devient que plus habile dans l'art si essentiel d'observer, et son zèle redouble en même temps, parce qu'il apprend à connaître la véritable valeur et l'importance des ressources de l'art de guérir, dont la pénurie est si grande encore.

Qu'on n'allègue pas d'ailleurs que les petites incommodités contractées par l'essai des médicaments sont préjudiciables à la santé. L'expérience prouve, au contraire, qu'elles ne peuvent que rendre l'organisme plus réfractaire à toutes les causes morbides artificielles et naturelles, et qu'elles l'immunisent même contre leur influence. La santé en devient plus solide et le corps plus robuste, comme l'expérience le prouve.

Organon